René Trapy : le jardinier de mémoire

René TrapyRencontre avec René Trapy ancien maraîcher du quartier de Barnabé et témoin des Trente glorieuses, version Périgord.

C’était il n’y a pas si longtemps. Sur les berges de l’Isle, dans le quartier de la Cité Bel Air, tout prés de la Guinguette de Barnabé. René venait d’épouser Ginette. Le jeune résistant qui, à dix-huit ans tout juste, au péril de sa vie, portait les messages du maquis « Mercédes » venait d’être démobilisé. Il retrouvait sa vocation de maraîcher, entre la rue du Gué de Barnabé et la place de la Clautre où il vendait ses productions. Il poursuivait l’activité familiale.

Parfaite incarnation de cette génération laborieuse de l’après-guerre, René se rendait à la fameuse Guinguette, chez ses amis de la famille Foussard. « Pas pour danser » dit-il aujourd’hui ; « pour aider à la vente des billets d’entrée » précise-t-il. Puis, ce fut l’arrivée de ses deux enfants. « C’est important les enfants » lache-t-il en levant les yeux vers le ciel.
En ce temps-là il y avait encore les fritures portées par quelque braconnier du moment. Une parenthèse conviviale, entre copains, entre soi. René Trapy se rappelle de l’orchestre venu de Brive qui était encore le bout du monde. Malicieux il évoque les belles filles en maillot venues se baigner, le cochon qui s’ébrouait entre les tables semant une joyeuse pagaille.
« A l’époque, on ne demandait qu’une chose : qu’on nous laisse travailler. On vivait au jour le jour. C’était ainsi. » évoque notre presque nonagénaire sous le regard affectueux de son fils.

René Trapy est arrivé à la Maison de retraite de Bassillac il y a deux ans, par confort et pour être tranquille. Il en a profité pour afficher quelques unes de ses peintures. Des fleurs, naturellement.

Puis, en 1951, ce fut l’arrivée au service des espaces verts à la Ville de Périgueux. Une belle carrière qui l’amènera à la retraite, en 1986 avec le grade envié de « Chef jardinier ». Il a connu trois maires : Pierre Pugnet, Lucien Barrière et Yves Guéna.
Avec l’humilité que l’âge appelle il dit : « Je faisais simplement ce que l’on me disait de faire. » On ne peut pas mieux dire.
René Trapy suit l’actualité : « Ce serait dommage que la Guinguette s’arrête. C’est bien que l’on fasse quelque chose pour la maintenir. C’est un endroit formidable. »

Francis Desage, le président des « Amis de Barnabé » laisse tourner sa caméra. Il veut fixer ces instants précieux d’un « jardinier de mémoire ». Le travail ainsi entamé il y a quelques mois se prolonge au gré des rendez-vous avec ces « anciens » qui nous promènent dans leur jardin merveilleux.

 

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Photos et texte : Pascal SERRE. Avec le concours de la Ville de Boulazac