Ancien camp americain

Une vue d’ensemble du camp américain en 1917 et son aspect depuis le boulevard du Petit-Change, avec un groupe de « sammies » près des châteaux d’eau. À l’intérieur des bâtiments, l’hôpital et les services. Des images qui montrent bien l’aspect des constructions d’origine. PHOTOS COLLECTION AMIS DE BARNABÉ ET MUSÉE MILITAIRE DE PERIGUEUX

 

 

Doyenne

Les habitants ont commencé à pavoiser les maisons. Ici, ils posent autour de Ginette Bordas, une doyenne. PHOTO J.-C. S./ « SO »

 

Il y a 100 ans, les Américains arrivaient

 

CITÉ BEL AIR

Le quartier de Boulazac a vu le jour avec l’installation d’un camp sanitaire militaire de la Grande Guerre. On retrouve ses vestiges dans le paysage

 

Des drapeaux américains qui flottent au vent dans les rues de la Cite Bel Air au grand étonnement des passants. Nul ne peut ignorer qu’il se prépare quelque chose dans ce quartier de Boulazac, enclave dans les faubourgs de Périgueux. Du mardi 20 au dimanche 25 juin, ses  habitants vont rappeler le centenaire de la création du camp américain de la Grande Guerre qui a donné sa forme a cette partie de la ville.

Les ≪ sammies ≫, comme on surnommait alors les soldats yankees qui arrivaient pour prêter main-forte sur le front, avaient besoin de bases arrières pour s’acclimater et soigner les blessés. Sitôt la guerre finie, ils sont repartis, mais leurs constructions sont restées, vite réutilisées pour accueillir une population rurale venue travailler a Périgueux. L’ancien camp est devenu le quartier des Américains, sillonne d’un quadrillage de rues aux noms conservant leur mémoire : Texas, Maryland, Louisiane, Chicago, Edison, Kennedy…

Le quartier a accueilli les ouvriers des ateliers SNCF du PO, baptises les ≪ péotards ≫, les refugies alsaciens de l’exode de 1940 dans des baraquements de bois rajoutes, les délogés des secteurs démolis des rues Neuves (au pied de Saint-Front) et de Sainte-Ursule (esplanade Badinter).

Le quartier américain est vite devenu un bastion communiste.

 

Des murs de mâchefer

Un siècle après leur construction, les alignements des baraquements du camp sont fondus dans le paysage. Le jeu consiste a retrouver la forme basique de ceux qui subsistent après de multiples rénovations, extensions, surélévations. Il est d’ailleurs difficile de compter combien il en reste, entre ceux qui sont morcelés, réunis, déplacés… Alain Bordas, l’un des habitants du quartier qui assurera des visites durant cette semaine anniversaire, a renoncé à cet inventaire compliqué. Le périmètre de l’ancien camp est délimite par les rues Franklin, de la Somme, le boulevard du Petit-Change et la rue Kennedy.

 

Un patrimoine à conserver

Mais ce guide est intarissable sur ces maisons certes solides, mais mal insonorisées. Elles ont été construites selon un système normalise : une épaisse dalle de béton au sol (parfois sur un lit de galets), des murs de parpaings de mâchefer (résidu d’usines à gaz) entre des piliers de béton, le tout surmonte d’une charpente en bois. Le matériel était arrivé par bateaux, et avait été  transporté par train jusque sur le site avec une voie de desserte.

Depuis quelques années ce quartier proche de Périgueux se transforme doucement. Des anciens baraquements ont été démolis pour laisser place a des maisons périgourdines ou à des petits immeubles HLM. L’association des Amis de Barnabé est vigilante. Son président Francis Desage attire chaque fois qu’il le peut l’attention sur ce patrimoine et sur l’ambiance du quartier à préserver. Cette fête réveille les mémoires de ses habitants, souvent

bien plus loin que leurs souvenirs. Le passage des Américains ne sera pas oublie tant qu’il restera des anciens baraquements. Cette commémoration a d’ailleurs reçu le double label américain et français pour le centenaire de la Grande Guerre.

Dans la foulée, cette fête annoncera le retour de la guinguette de Barnabé, illustration du Front populaire et des congés payes. Apres la Libération, on y a vu passer des soldats américains en goguette. Mais c’est déjà une autre histoire.

 

Des habitants qui aiment leur quartier

 

Dans la Cité Bel Air, la mémoire se transmet encore entre les générations

 

Autrefois, dans ce petit quartier populaire, toutes les familles se connaissaient. Il suffit de suivre les guides des Amis de Barnabé dans leurs visites (lire ci-contre) pour retrouver la vie d’antan avec ses activités. 

Jean-Emile Lachaud, né en 1944, se souvient de ses copains de l’école qui était à l’époque sur les boulevards, des nombreux magasins qui émaillaient le quartier dont celui de sa mère : elle tenait un bar-cave, justement là où il habite aujourd’hui. ≪ Autour, il y avait deux usines d’eau de Javel, une de parpaings et même une fabrique de jouets en bois. ≫

Alain Bordas, né en 1952, est l’autre guide. Sa maman Ginette est l’une des doyennes du quartier. Leur famille est là depuis trois générations. ≪ On disait qu’on était les Américains, raconte Ginette. Mais ce n’était pas un quartier de riches pour autant. ≫

Pascale Couderc est très souvent autour de la Maison des associations ou elle anime le club des ainés. Elle se souvient de ce quartier ≪ plein d’enfants qui jouaient dans les rues ≫.

Viviane Parisien parle des fêtes du quartier et des bals  qui ont disparu : ≪ Il y avait un bon voisinage, on savait partager ≫, se souvient-elle, un plat de clafoutis a la main.

Jean-Lucien Georgevail est l’ancien projectionniste du Moulin rouge, un bar, dancing cinéma sur le boulevard du Petit-Change dans les années 1960. Il habite la célèbre maison avec une étoile a son fronton, rue du Canada. ≪ C’était peut-être une huile qui habitait la ≫, pense-t-il.

Fernande Monier, la centenaire du quartier, n’habite ici que depuis dix ans. Mais elle y venait depuis longtemps pour danser au fameux Moulin rouge. Cette ancienne soudeuse de chez Carnaud, au Bassin, est a son aise dans ce quartier ouvrier. Monique et Robert Alemp, ici depuis 45 ans, ont une maison que tout le monde connait, toujours décorée :

≪ Je mets dehors ce que je ne veux plus voir dedans, s’amuse Monique en riant. On est très bien ici ! ≫

 

LES AMIS DE BARNABE

 

DÎNER DE GALA VENDREDI SOIR

L’association des Amis de Barnabé, que préside Francis Desage, s’est lancée dans l’organisation de ce centenaire avec la mairie de Boulazac. Leur gros morceau sera le banquet de gala vendredi soir. Il se fera dans la salle Jean-Jaurès, près du Palio, pour avoir assez de place. C’est une soirée payante (30 euros) avec un menu pantagruélique et deux orchestres à l’ambiance américaine (Le Grand Ordinaire et Red Fish). Réservations au 06 34 96 88 27.

Francis Desage

Francis Desage, président des Amis de Barnabé.PHOTO H. C.

F. Monier

 

 

 

 

 

 

 

Fernande Monier, centenaire du quartier. PHOTO HERVÉ CHASSAIN

Jean-Emile Lachaud

Jean-Émile Lachaud sera l’un des guides du quartier. PHOTO HERVÉ CHASSAIN

Vivianne Parisien

Viviane Parisien et Pascale Couderc autour d’un clafoutis. PHOTO HERVÉ CHASSAIN

Ginette Bordas et son fils Alain qui sera l’autre guide. PHOTO HERVÉ CHASSAIN

Monique Alemp

Monique et Robert Alemp adorent décorer leur maison. PHOTO JEAN-CHRISTOPHE SOUNALET/ « SO »

 

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HERVÉ CHASSAIN
h.chassain@sudouest.fr